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Chantilly : Inusable Michel Robert

  • Pascal Renauldon
  • 12 juil.
  • 4 min de lecture

Cinquante ! C’est le chiffre (du jour) qui raconte à lui seul l’une des plus belles histoires de la troisième journée du Chantilly Classic présenté par Al Shira’aa. Cinquante années séparent le vainqueur de l’autre temps fort sportif du samedi, le Grand Prix Range Rover du CSI2*, le Belge Arnaud Gaublomme, bientôt 27 ans, de son dauphin, Michel Robert, 77 ans. Deux générations réunies sur le podium d’un même Grand Prix international par deux doubles sans-faute et une passion qui, elle, semble ignorer le temps.

 

Associé à Rendez-Vous du Risoir, Arnaud Gaublomme a dominé le barrage de cette épreuve à 1,45 m en 40’’45. Une victoire d’autant plus remarquable que le jeune Belge ne monte ce cheval que depuis un mois et disputait avec lui son tout premier concours. Ce qui a inspiré ce commentaire de Bosty : « Les Belges sont meilleurs à cheval qu’au foot. »

 

L’inoxydable Michel Robert, 77 ans, a largement battu la légende autrichienne Hugo Simon sur le plan de la longévité.. © sportfot et Clem media / GRANDPRIX Events
L’inoxydable Michel Robert, 77 ans, a largement battu la légende autrichienne Hugo Simon sur le plan de la longévité.. © sportfot et Clem media / GRANDPRIX Events

Davantage habitué à révéler les talents de demain, Arnaud Gaublomme s’est notamment illustré à plusieurs reprises lors des Championnats du monde des jeunes chevaux de Lanaken. Mais, samedi, sur la vaste pelouse de l’Arène des Grandes Écuries, c’est en partant en dernier – toujours un avantage dans ce sport – et face à l’une des plus grandes figures de l’histoire du saut d’obstacles qu’il a signé cette première victoire avec son nouveau partenaire : « C’est incroyable. C’est notre tout premier concours ensemble et je ne monte ce cheval que depuis un mois. Je suis vraiment très heureux que notre histoire puisse commencer ainsi. Battre un cavalier comme Michel Robert, une véritable icône de notre sport, procure forcément un sentiment très particulier. Mais je ne considère surtout pas cela comme quelque chose d’acquis. »

 

Avant lui, Michel Robert et Calasto Z avaient signé un double sans-faute en 43’’01. À 77 ans, le cavalier le plus médaillé de l’histoire du saut d’obstacles français, Championnats du monde, Championnats d’Europe et Jeux olympiques réunis, continue ainsi d’écrire une carrière commencée bien avant la naissance de son vainqueur du jour.

 

Mais lorsqu’on lui parle de record de longévité, Michel Robert balaie presque la question. Ce n’est ni un objectif ni un combat contre le temps. Son moteur se trouve ailleurs : dans les rêves, le plaisir et le refus de s’imposer des frontières inutiles. « Le secret de la vie éternelle ? C’est de ne pas se fixer de limites. Si l’on se limite, évidemment, on finit par les atteindre. Il faut avoir des rêves et laisser encore un peu de place au-dessus de ses rêves. Je ne sais pas combien de temps cela durera encore. Ce n’est pas moi qui décide, c’est la vie. Moi, je reste simplement attentif aux signaux qu’elle m’envoie. »

 

Parmi ces signaux, il y a ceux de Calasto Z, douze ans, que Michel Robert monte depuis trois ans et qui affiche désormais une belle régularité. Il y a aussi ceux de son propre corps et le regard de sa femme, Dominique, qui l’accompagne au quotidien et tient également le rôle de coach. « Nous faisons un vrai travail d’équipe. Je regarde comment je me sens et comment mon cheval se sent. Si nous sommes en forme pour courir un CSI4*, nous courrons un CSI4*. Sinon, nous ferons du CSI2*. L’important est de pouvoir continuer le plus longtemps possible, de prendre du plaisir et d’en donner avec mes chevaux. » Michel Robert ne parle pas ici de la discipline presque ascétique qui accompagne cette longévité : une alimentation stricte et minutieusement pensée, sans viande ni alcool, et une préparation physique entretenue notamment par de longues séances quotidiennes de yoga. Car si le champion refuse de se fixer des limites, il ne laisse manifestement rien au hasard pour continuer à les repousser.

 

À ce stade de sa carrière, Michel Robert ne souhaite plus simplement multiplier les concours. Il choisit les lieux, les pistes et les rendez-vous qui donnent encore davantage de sens au plaisir de monter. « Faire des concours simplement pour faire des concours m'indiffère. En revanche, participer à de beaux événements comme celui-ci, c’est vraiment génial. Il y a l’herbe, une piste fantastique et très grande, un très bon chef de piste, le cadre, le public, l’organisation… Tout est réuni. Je suis très honoré et très fier de pouvoir encore participer à cela. »

 

Derrière Arnaud Gaublomme et Michel Robert, le Britannique William Funnell, 69 ans, a complété le podium avec Billy Tu Tu après un troisième double sans-faute, en 43’’80. Si le vainqueur du Grand Prix aura bientôt 27 ans, ses deux poursuivants cumulaient donc 146 printemps et au moins 120 saisons de concours, une collection de médailles mondiales, européennes et olympiques, une multitude de Grands Prix et de Coupes des Nations, et quelques milliers de parcours au plus haut niveau. Un palmarès cumulé que peu de podiums pourraient égaler.

 

Samedi à Chantilly, cinquante ans séparaient les deux premiers. Mais, comme le rappelle Michel Robert, il reste encore un peu de place au-dessus des rêves.

 

Classement du Grand Prix Range Rover – CSI2*, 1,45 m

 

1 - Arnaud Gaublomme (BEL) / Rendez-Vous du Risoir – 0–0 / 40’’45 


2 - Michel Robert (FRA) / Calasto Z – 0–0 / 43’’01 


3 - William Funnell (GBR) / Billy Tu Tu – 0–0 / 43’’80


 
 
 

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