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  • Pascal Renauldon

Bad sport…

Dernière mise à jour : oct. 11

Netflix vient de mettre en ligne une nouvelle série documentaire intitulée Bad sport, six épisodes évoquant des tricheries notoires et autres escroqueries, polémiques, crimes, corruptions, manipulations et scandales dans le sport de haut niveau avec l'appui de témoignages de personnes qui les ont vécus. Course automobile, basket, football, patinage, cricket et, malheureusement… saut d’obstacles sont au programme.


Henry The Hawk, première victime de Tommy Burns...

Bad sport revient ainsi sur une affaire des années 80-90 dont il avait été fait peu d’échos à l’époque en Europe, (à part nous, via L’Eperon), l’histoire de Tommy Burns, surnommé le Marchand de sable (The Sandman) qui a tué un certain nombre de chevaux de CSO de valeur par électrocution pour permettre aux propriétaires d’en toucher les indemnisations des assurances, des sommes de l’ordre de plusieurs centaines de milliers de dollars. Ces meurtres ont eu lieu entre 1982 et 1989 et le tueur a touché pour chaque cheval des gages de 5 000 à 40 000 $.


L’électrocution permettait de conduire à un diagnostic de colique et elle était assez radicale… jusqu’au jour où une propriétaire, Donna Brown, l’a abordé pour lui demander, dixit Tommy Burns que l’on voit témoigner dans le documentaire : « Dites, vous pourriez tuer mon cheval ? », « Elle m’a balancé ça comme si elle me demandait de venir tondre sa pelouse », s’indigne presque Burns qui n’a pourtant rien d’un enfant de cœur… Le problème est que ce cheval était connu pour avoir survécu à plusieurs coliques et n’était plus éligible à une indemnisation d’assurance pour un décès de cette cause. Il fallait trouver autre chose.


Burns engage alors un « sous-traitant », ancien groom comme lui, Harlow Arlie, (que l’on voit également témoigner dans le documentaire) pour briser la jambe du pauvre Streetwise et faire passer cela pour un accident de transport. Ce qu’Arlie exécuta, pour la moitié de la prime de 5 000 $, au cours d’un déplacement nocturne, au moyen d’une baramine. Mais Burns était fort heureusement surveillé par le FBI qui coinça les deux complices cette nuit-là, après une courte cavale, mettant fin à une série de plus de cinquante meurtres de chevaux, certaines sources parlent même d’une centaine de victimes équines.


L’histoire de Tommy Burns commence sur un concours en Floride où il débarque à 16 ans, fuyant un foyer familial en crise. Il rencontre Barney Ward, le père de McLain, qui l’engage aussitôt comme groom. Au bout de 3 ans, Burns quitte Ward et l’état de New-York pour un meilleur job chez l’avocat (d’assurances…) James Druck à Occala, en Floride.


À l’issue d’une tournée de concours où il chaperonnait la mère et ses quatre filles, Burns, qui avait fricoté avec madame Druck, est convoqué par James Druck, qui lui exprima son intention de divorcer. Ayant besoin d’argent pour la procédure, il avait décidé de vendre Henry The Hawk, un cheval de hunter qu’il avait acheté 150 000 $ pour l’une de ses filles, Lisa. Mais comme aucune offre ne dépassait les 125 000 $, il eût l’idée d’obliger Burns à tuer le cheval par électrocution. Pour récupérer 25 000 $ de plus en fraudant l’assurance ! Ce fut le premier de la série, Burns fut vite réputé pour ce « service ». Il se consolait se disant qu’entre le moment où il branchait la prise et celui où il tombait à terre, le cheval était déjà mort et n’avait pratiquement pas souffert. Jusqu’au cheval de Donna Brown, femme du cavalier international Buddy Brown, puis compagne de l’entraîneur réputé à l’époque, Paul Valliere.


C’est donc là, qu’il fut heureusement rattrapé avec son complice par le FBI dont l’agent Pete Cullen s’intéressa à son cas et passa avec lui un plea-deal : une réduction conséquente de sa peine à venir contre la dénonciation de la filière. Et c’est ainsi que trente-six personnes furent inculpées, intermédiaires et surtout de riches propriétaires… qui pourtant n’avaient pas vraiment besoin d’un tel argent plus que sale ! Trente-quatre furent condamnées et Burns n’écopa que d’une année de prison dont il n’a effectué que six mois.


Ce qui est choquant, c’est que ces meurtres ont été commandités par de riches propriétaires, à priori millionnaires, voire milliardaires, qui sans état d’âme faisaient exécuter leurs chevaux pour récupérer ces indemnisations des assurances, parfois parce qu’ils ne pouvaient « plus les voir », comme l’avait expliqué Donna Brown à Burns.


Le cas de George Lindeman (qui a écopé de 33 mois de prison pour avoir fait tuer Charisma) est presque pathétique. Nous l’avions rencontré en pleine affaire, au Jumping de Bordeaux, à une époque où il était interdit de concours aux États-Unis. Nous avions déjeuné avec lui et l’homme, tout à fait agréable et francophone, nous avait raconté sa version de l’histoire, les yeux dans les yeux : « Un jour, je descends faire mon jogging dans Manhattan et je passe devant un kiosque où je vois le New York Times avec ma photo à cheval en une. Je me suis dit, chouette on parle de notre sport dans un grand média. Et en ouvrant les pages, je me suis effondré, je découvrais que j’avais tué mon cheval… » On ne pouvait que compatir tant George paraissait sincère. Le film révèle que les Lindeman avaient bien fait exécuter Charisma car les résultats avec George étaient décevants et ils n’avaient pas envie de revendre Charisma pour le voir réussir avec un autre cavalier. Ils ont préféré l’électrocution et les 250 000 $ remboursés par l’assurance. Les Lindeman étaient milliardaires (téléphones mobiles et TV câblées)… George a écopé de 33 mois de prison ferme, d’une amende de 500 000 $ et a dû rembourser les 250 000 $ à l’assurance.


Barney Ward a été condamné à la même peine de prison et à rembourser 200 000 $ aux assurances. Burns a mis un certain temps à lâcher le nom d’un type si sympathique qui l’avait pris sous son aile, mais il s’est avéré que Barney Ward avait été l’intermédiaire le plus actif dans ces commandites de meurtres.


Nous avons eu également l’occasion de connaître Barney personnellement pour avoir été groom dans son écurie de Castle Hill, à Brewster, où McLain est toujours installé aujourd’hui. Une belle installation à l’activité impressionnante : le matin, en arrivant, on découvrait de nouveaux chevaux dans les écuries d’où les chevaux de la veille avaient disparus dans la nuit car ils avaient été vendus ou échangés. Barney était un marchand de chevaux très actif tout en entretenant un piquet de chevaux de haut niveau pour son propre compte. Il était spécialiste de puissance et détenait un record américain de saut en hauteur au Madison Square Garden avec un bond de 2,25 m avec une petite jument, pur-sang de mémoire, adorable nommée Springer. Barney était quelqu’un de plutôt jovial et sympathique même si le travail était dur. Et le soir, il fallait garder assez d’énergie pour disputer d’épuisants 3 x 3 de basket dans sa salle de sport avec les grooms et vétérinaires. Barney était clairement le plus petit, mais le meilleur sur le terrain. Quand il ne montait pas à cheval, il passait son temps à se muscler sur ses agrès. Il poussait souvent des crises, mais rien ne laisser penser qu’il organisait à cette époque des assassinats de chevaux. Une fois sa peine purgée, il surveillait toujours la carrière de McLain, même s’il était interdit de concours. A Wellington, il épiait les parcours de son fils aux jumelles pour lui faire des défriefs souvent pour le moins houleux le soir, au retour du concours. Barney est mort en 2012, à l’âge de 71 ans, d’un cancer de la prostate, sans doute une libération pour McLain.


Peut-être rongé par le remord, l’avocat James Druck, celui qui avait mis au point la technique de l’électrocution, est également mort d’un cancer en 1990. Sa fille Lisa, la cavalière de Henry The Hawk, s’est remise difficilement de ce drame familial et travaille aujourd’hui dans la production cinématographique à Hollywood.


Pete Collen, l’agent du FBI, a quitté cette institution en 2010 pour devenir… pasteur. Au cours de ces sept années d’investigation et de collaboration avec Tommy Burns, il semble, à travers le film, qu’il ait presque noué une relation d’amitié avec le criminel.


Ce dernier, vit en repenti apaisé dans une petite ferme en Floride. Harlow Arlie, son complice dans l’affaire du cheval de Donna Brown a été condamné à 18 mois et Paul Valliere à 4 ans avec sursis. Donna Brown a été condamnée à 7 mois fermes.


Tout va bien pour George Lindeman Jr. aujourd’hui. Après avoir purgé sa peine de prison, il s’est installé en Floride et coule une belle vie, sans chevaux, avec les milliards de son père. Il est aujourd’hui chef d’entreprise, collectionneur d’art et philanthrope.


Le documentaire ne parle pas d’un autre tueur de chevaux qui a également été impliqué dans ce même procès : Richard Bailey. Dans son affaire, il a également été suspecté d’avoir assassiné une certaine Helen Brach, une millionnaire, héritière de fabriques de sucreries, et propriétaire de chevaux qui était au courant des activités de Bailey et avait menacé de les révéler. Elle n’en a jamais eu le temps. Elle a disparu en 1977 et son corps n’a jamais été retrouvé, mais Bailey a été condamné à perpétuité. Il a été libéré en 2019 à l’âge de 89 ans.


Quant aux assurances… elles en ont profité pour augmenter les primes pour décès !



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